Review Spécial : 001 – Pilule rouge, pilule bleue (Black Mirror’s Bandersnatch)

À gauche toute !

Vendredi dernier, est arrivé sur Netflix un supposé OVNI. Un an après la sortie de la quatrième saison, les fans de Black Mirror ont eu droit cette fois-ci au premier film interactif présent sur Netflix. Enfin, premier médiatisé, sachant que quatre sont déjà sortis (liste ici) mais que Netflix n’a absolument pas cherché à mettre en avant. Un engouement assez prévisible s’est créé, notable particulièrement sur Twitter où Bandersnatch était le Top Trending de la journée à travers le monde entier. Et donc, Bandersnatch ça vaut quoi ? Pas le moins bon des Livres dont vous êtes le Héros.

L’intrigue se déroule en 1984 et suit Stefan Butler, programmeur âgé d’une petite vingtaine d’années, adaptant Bandersnatch, un livre ayant appartenu à sa mère décédée, en jeu vidéo. Après avoir séduit le patron de Tuckersoft, studio éditeur de jeux vidéo, et approché le fameux programmeur Colin Ritman, Stefan accepte la publication de Bandersnatch sous Tuckersoft durant les périodes de fêtes, 6 mois plus tard. Notre protagoniste commence ainsi son périple quelque peu délirant. Encore traumatisé du sort funeste de sa mère lorsqu’il était encore très jeune, Stefan a construit une haine envers lui-même mais également et surtout son père. Afin de lutter face à cette haine et ce traumatisme, le jeune programmeur a un traitement administré et des rendez-vous assez fréquents chez sa psychologue, Ms Haynes. Nos cinq personnages sont ainsi installés : un Stefan Butler en lutte contre lui-même et son père, ce dernier n’arrivant pas à soigner son fils, la psychologue Dr. Haynes forçant Stefan à faire face à son traumatisme, Colin et Mohan Thakur, visages opposés de Tuckersoft, l’un pensant expérience, l’autre profit.

Peu après le début du film, le spectateur fait face à son premier choix : décider de quelle marque de céréales Stefan va s’empiffrer. Apparaît alors en bas de l’écran une barre noire avec deux choix, tandis qu’une musique supposée angoissante (elle ne l’est pas) rythme la décision. On remarquera que si le spectateur ne choisit rien, le choix de gauche est toujours sélectionné. Il s’agit par ailleurs du plus arrangeant pour Netflix. Non, pas pour le spectateur. Car la réelle confrontation est bien ici : Stefan ne combat pas ses démons, son père ou sa psychologue, Colin ne confronte pas la société (on y reviendra plus tard), M. Thakur ne confronte pas la faillite (quoique si). Cet épisode concerne juste la confrontation entre l’esprit rebelle du joueur face à l’épisode qui nous impose des directions. Il s’agit du premier défaut de Bandersnatch : bien que le système de décisions soit bien mis en place, les embranchements eux ne nous mènent qu’à une boucle. Celle-ci se résout et s’arrête que par un dialogue que le spectateur sera obligé d’avoir et ne pourra jamais éviter, même s’il le refuse (ce qu’il ne pourra pas faire indéfiniment). Et une fois arrivés dans la boucle, l’enquête commence et le joueur a ainsi pour objectif d’atteindre la fin. Oui, il existe une fin, cette dernière étant pourtant bien moins intéressante que les autres. Et chacune des étapes de l’enquête menant à cette fin sonnent toutes aussi prévisibles qu’inessentielles. Pourquoi donc ?

Pac comme les autres ?

Parce que les scénaristes de l’épisode ont tout misé sur une expérience de visionnage privative sur les deux supposées forces de cet épisode. Lesquelles ? La première étant la franchise Black Mirror. Cette série est déjà bien installée dans la tête des spectateurs depuis bien des années pour son contexte de futur proche, avancé scientifiquement et technologiquement, lugubre et cruel. Chaque épisode avait pour habitude de placer ce souffle d’air sur l’échine du spectateur, le laissant tétanisé devant un possible avenir de notre civilisation occidentale. La seconde force est la fiction interactive, inspirée des Livres dont vous êtes le Héros. Ce genre procure un sentiment satisfait au lecteur, libre de choisir le chemin qu’il souhaite. Et finalement, le nombre de fins différentes importe peu car ce qui compte est le voyage, pas la destination.

Bandersnatch est un trajet Paris-Marseille dans le wagon familial, parti en retard. Ça crie, ça pleure, ça s’énerve (et ça saigne) et ça ne nous évoque, quand on en sort, rien de plus qu’un moment enfermés malgré nous dans un cadre qui nous exaspère juste. Les retours en arrière fréquents et la boucle forçant le joueur à résoudre l’enquête brise la liberté du joueur, habituelle des Livres dont vous êtes le Héros. La conspiration délirante sur Pac-Man, les scènes supposées comiques et Stefan brisant le quatrième mur en se questionnant sur son commanditeur (nous) cassent l’ambiance inquiétante habituelle de Black Mirror. Netflix avait pourtant une idée assez bien élaborée.

Don’t do drugs, kids.

Netflix souhaitait nous emprisonner dans l’épisode, à diriger nos actions, comme nous le faisons avec Stefan. Cependant, cette direction est peu effective. En regardant Bandersnatch, je n’arrivais pas à définir la relation Stefan-Spectateur-Scénariste. Stefan n’incarnait pas mon intégrale volonté, puisque Netflix me privait des voies qui m’intéressaient le plus. Mais il n’incarnait pas non plus un personnage crédible de fiction. Cette relation qu’il a avec nous lorsqu’il brise le quatrième mur ne me le représente que comme une passerelle entre Netflix et moi-même. Comme dit plus haut, Stefan n’importait plus à mes yeux, et aucun des autres personnages non plus. Je ne cherchais qu’à résoudre l’énigme non-plaisante que les scénaristes avaient décidé de m’imposer sans y prendre énormément mon pied. Durant bien une demi-heure, j’ai dû tourner maintes et maintes fois sur les mêmes quelques scènes, juste pour arriver à la fameuse fin. Je venais alors d’arriver exactement là où les scénaristes souhaitaient que j’aille. J’avais suivi, sans réelle motivation, le chemin inévitable. Et j’ai relancé le film, en choisissant cette fois-ci d’explorer le reste, tout le contenu en dehors de la boucle, tout ce qui fait de cet épisode une fiction interactive quelque peu prenante de temps en temps. Je dirais que ces fins et ces chemins cachés sont la force de Bandersnatch, et la raison pour laquelle le film est quand bien même à regarder.

En effet, malgré tous les défauts que je puisse reprocher à Bandersnatch, j’ai passé un moment amusant bien que détaché. De plus, c’est la première grosse production suivant le format de fiction interactive sur la plateforme, et il faut bien une tête de file pour amener le reste de la meute. En espérant bien évidemment que les prochains films/épisodes seront plus saisissants.
5.5/10
Crédits Images : Netflix/Stuart Hendry

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